
Le 26 février 2026, le tribunal de première instance de Gabès a rejeté la requête en référé déposée par l'ordre régional des avocats. La demande visait l'arrêt immédiat des unités polluantes du Groupe chimique tunisien (GCT). Six mois plus tard, le collectif Stop Pollution Gabès n'a pas désarmé.
Gabès, 200 000 habitants. Le bassin industriel du sud-est tunisien concentre depuis 1972 les unités phosphatières du GCT, héritées de la Compagnie des phosphates de Gafsa. Rejets de phosphogypse, panaches de dioxyde de soufre, nappes phréatiques contaminées : le diagnostic sanitaire alarme les riverains depuis trois décennies.
L'an dernier, l'incident du 14 mars 2025 avait braqué les projecteurs. Une fuite d'acide phosphorique avait touché plusieurs quartiers sud. Trois enfants hospitalisés, des écoles évacuées. L'émoi avait propulsé la mobilisation au-delà des cercles associatifs habituels.
« On ne lâche pas une ville qui nous a tout donné », lâche Faten Ben Ali, 41 ans, porte-parole du collectif, devant la place de l'Indépendance. Sa voix porte. Autour d'elle, une quarantaine de militants brandissent banderoles et bidons d'eau trouble prélevés à la sortie de l'usine. L'image circule déjà sur les réseaux sociaux.
Le GCT conteste toute responsabilité. Le 3 avril 2026, la direction générale a publié un communiqué évoquant des « prélèvements conformes aux normes en vigueur » et rappelé que le groupe fournit 7 % de la production mondiale de phosphate transformé. Tunis suit le dossier de près : l'industrie phosphatière représente 4 % du PIB national et 15 000 emplois directs à Gabès.
Le volet judiciaire repart. Le 12 juin 2026, la chambre civile de la cour d'appel de Médenine a infirmé partiellement la décision de février. Les juges ont ordonné une expertise indépendante sur les rejets atmosphériques du complexe. Le rapport est attendu pour le 15 octobre 2026. Une victoire procédurale, rien de plus pour les militants.
« L'expertise durera six mois, le temps presse pour les malades du poumon », a déploré Me Halim Bouzid, l'avocat qui porte le dossier. Son cabinet recense 320 cas de cancers et de pathologies respiratoires signalés depuis janvier 2025 dans un rayon de cinq kilomètres autour du complexe.
Le ministère de l'Environnement a promis un audit du site. Aucune date n'a filtré. Le 9 juillet 2026, une commission d'enquête parlementaire a été constituée, présidée par la députée Amal Karoui. Sa première audition est fixée au 22 septembre 2026 à l'Assemblée constituante, à Tunis.
À Gabès, la prochaine marche blanche est prévue le 5 septembre 2026. Le départ est fixé à 17 heures devant la faculté des sciences. Le collectif Stop Pollution Gabès a annoncé une convergence avec les syndicats ouvriers de la zone industrielle. Deux cortèges, un même boulevard. La cohabitation s'annonce tendue.
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