
L'artiste japonaise Yayoi Kusama est morte le 14 août 2026 dans un hôpital de Tokyo, à l'âge de 97 ans, a annoncé jeudi sa société dans un communiqué. La nouvelle, attendue depuis des mois par le monde de l'art, met fin à plus de sept décennies de création obsessionnelle, marquées par les pois, les miroirs et les courges sans fin.
Née le 22 mars 1929 à Matsumoto, dans la préfecture de Nagano, Yayoi Kusama s'était installée à New York en 1958, en pleine explosion de l'avant-garde américaine. Elle fréquentait alors Andy Warhol, Claes Oldenburg et Georgia O'Keeffe, qui fut l'une des premières à l'encourager à persévérer dans la peinture. Sa carrière new-yorkaise, traversée par la précarité et les troubles psychiques, s'est achevée brutalement en 1973, lorsqu'elle a regagné le Japon.
Tokyo l'a vue renaître. À partir des années 1990, Kusama a envahi les galeries nippones avec ses chambres miroir, ses sculptures monumentales et ses accumulations de pois. Le succès, d'abord régional, a débordé les frontières au tournant des années 2000, avec la rétrospective « Mirror Rooms » au MoMA en 1998 et l'explosion médiatique de 2017, marquée par la série d'infinity rooms présentées à la David Zwirner Gallery.
En France, l'artiste a marqué les esprits en 2019, lorsque le musée en plein air du jardin des Tuileries a accueilli la grande girafe jaune couverte de pois, devenue un selfie géant pour Parisiens et touristes. En 2021, le Bon Marché Rive Gauche avait transformé ses vitrines en véritables sculptures habitées, générant des files d'attente interminables quai de Grenelle.
La Tate Modern, le Whitney, le Hirshhorn et le Centre Pompidou ont tous consacré des expositions majeures à son œuvre au cours des vingt dernières années. Ses « Infinity Mirrored Rooms », installations immersives devenues virales sur Instagram, lui ont assuré une notoriété planétaire auprès d'une génération entière de visiteurs étrangers dans les grands musées.
La société Yayoi Kusama Inc., basée à Tokyo, a confirmé la disparition dans un communiqué sobre, évoquant « un profond regret » et saluant « une vie entièrement dédiée à la création artistique ». L'agence de représentation, qui gère l'image de l'artiste depuis 1977, a précisé que les obsèques se dérouleraient dans l'intimité familiale, conformément aux souhaits de la défunte.
Yayoi Kusama, qui vivait volontairement depuis 1977 à l'hôpital psychiatrique de Seiwa, près de Tokyo, continuait à peindre chaque jour dans son atelier attenant, produisant à un rythme soutenu jusqu'à ses dernières semaines. Ses toiles récentes, vendues plusieurs millions de dollars chez Christie's et Sotheby's, ont relancé l'intérêt du marché pour l'art contemporain asiatique, dont elle demeurait la figure tutélaire.
Une rétrospective posthume, déjà en préparation selon plusieurs médias japonais, doit ouvrir ses portes au début de l'année 2027 au National Art Center de Tokyo, avant une tournée prévue à Séoul, New York et Paris.
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