
Helsinki, Finlande – Le modèle finlandais de lutte contre le sans-abrisme, connu sous le nom de Housing First, est en train de perdre de sa superbe. Le pays, qui avait réussi à réduire de moitié le nombre de personnes sans logement en quinze ans, voit désormais cette avancée menacée.
En 2023, la Finlande comptait environ 3 400 sans-abri, contre 8 000 en 2012. Une performance saluée dans toute l'Europe, mais qui pourrait n'être qu'un répit. Les associations d'aide aux sans-abri tirent la sonnette d'alarme : les financements stagnent et les logements manquent.
Helsinki, la capitale, concentre la majorité des personnes sans logement. Les centres d'hébergement d'urgence, souvent saturés, peinent à orienter les personnes vers des solutions durables. Le principe de Housing First, qui consiste à fournir un logement permanent sans condition préalable, est de plus en plus difficile à appliquer.
Le gouvernement finlandais, dirigé par Petteri Orpo, a récemment annoncé des coupes budgétaires dans les programmes sociaux. Ces restrictions pourraient compromettre les objectifs fixés pour 2027, qui visent à éradiquer complètement le sans-abrisme.
Les critiques fusent également sur la qualité des logements proposés. Certains bénéficiaires se plaignent de logements isolés, loin des services d'accompagnement, ce qui va à l'encontre de l'esprit du programme. Un accompagnement psychologique et social renforcé est pourtant essentiel pour assurer une réinsertion durable.
En Europe, la Finlande reste un modèle, mais l'écart se creuse entre les ambitions affichées et la réalité du terrain. D'après la Fondation Abbé Pierre, la France compte plus de 330 000 sans-abri, un chiffre en constante augmentation. Les regards se tournent donc vers Helsinki, où l'expérience finlandaise est scrutée de près.
Juha Kaakinen, ancien directeur de la Fondation Y-Foundation, à l'origine du programme, a récemment déclaré : « Nous devons rester vigilants. Le Housing First n'est pas une fin en soi, c'est un processus qui exige des moyens constants. » Ses propos, rapportés par la presse locale, reflètent une inquiétude grandissante.
Le gouvernement finlandais doit présenter son prochain budget au Parlement en septembre. Les associations espèrent que les députés reviendront sur ces coupes, conscients que le logement d'abord est aussi un investissement économique et social. L'enjeu est de taille pour un pays qui a fait de la lutte contre le sans-abrisme une fierté nationale.
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